Être comme l'eau
La nature ne se manipule pas facilement. Elle est, tout simplement, et pourtant elle exige tant d'efforts. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose : je crois que tout ce qui en vaut la peine exige un quelconque effort.
Je pense souvent à l'adage bouddhiste « suivre le courant de l'eau » ; c'est devenu mon mantra. Chaque fois que je rencontre une situation très difficile à la ferme et que je perds mon sang-froid, ce qui arrive de moins en moins!, j'imagine que j'ai essayé de remonter cette rivière étroite, dépensant mon énergie à contre-courant, au lieu de suivre le courant de la rivière par le chemin de moindre résistance. Quand j'ai mal dormi, quand tout s'écroule le même jour, quand les moutons sortent de leur enclos, quand les graines ne germent pas, après une petit crise mineure ou majeure, je pense à Bruce Lee, et je me dis que ces événements ne m'arrivent pas à titre de punition. Je me dit qu'il y a des choses que je peux contrôler : je peux déplacer les moutons avant qu'ils n'aient trop faim, je peux renforcer leur enclos ; les choses se cassent et il faudra toujours les réparer ; Je me doit d'être douce et lente face au manque de sommeil ; et bien évidemment, ce ne sont pas toutes les graines qui survivront.
Voici ce qu'a écrit Bruce Lee sur le fait d'être comme l'eau :
« Soyez comme l'eau qui se fraie un chemin à travers les fissures. Ne soyez pas assertif, mais adaptez-vous à l'objet, et vous trouverez un moyen de le contourner ou de le traverser. Si rien en vous ne reste rigide, les choses extérieures se révéleront.
Videz votre esprit, soyez sans forme. Sans forme, comme l'eau. Si vous mettez de l'eau dans une tasse, elle devient la tasse. Vous mettez de l'eau dans une bouteille et elle devient la bouteille. Vous la mettez dans une théière, elle devient la théière. Maintenant, l'eau peut couler ou s'écraser. Soyez l'eau, mon ami. »
― Bruce Lee
Quand j'essaie de résoudre un problème sans d'abord le comprendre vraiment, je n'y parviens pas – quelle surprise! Souvent, j'agis sans réellement bien comprendre. Mais parfois, le diagnostic est difficile, ou tout simplement hors de portée. Je ne peux pas contrôler le temps ni ce que les autres vont faire. Ce que je peux contrôler, c'est ma façon d'aborder les problèmes, ma perspective, mon degré d'autonomie et de considération : et surtout, à qui je demande de l'aide ! Je vois la nature comme une Maman intemporelle, un fleuve d'eau intemporel, et je suis un être humain capricieux qui apprend ses voies – qui apprend à mieux travailler avec elle: certainement pas contre elle.
Se laisser porter par le courant ne signifie pas être super détendu et descendre le fleuve en bouée, une bière à la main : pas pour moi en tout cas. Pour moi, cela signifie travailler plus intelligemment, et non plus dur : comprendre les éléments en jeu – travailler avec la gravité, la physique, comprendre le fonctionnement d'un outil, comment l'utiliser au mieux, et dans quelle situation l'utiliser. Je pense que c'est une pratique qui consiste à adapter nos façons de faire, à nous pencher vers les autres, à apprendre comment nous grandissons, nous épanouissons ou nous sentons en sécurité, de tant de façons différentes. Nous nous épanouissons tous dans des conditions très différentes.
La phrase « sois comme l'eau » de Bruce Lee me rassure, me rappelle le chemin de la moindre résistance, de travailler plus intelligemment, et non plus dur: d'être doux et solide. Je m'énerve encore trois fois par semaine contre la clôture à moutons, parce qu'elle s'accroche à une branche quelque part, et au lieu de reculer de quelques pas pour démêler ce satané truc, je tire et je tire au risque de la briser. J'ai tellement d'outils que je ne comprends pas vraiment, et je prends beaucoup de raccourcis. Mais j'essaie de m'améliorer. Je pense qu'il s'agit d'éveiller nos sens, de nous connecter et de toujours chercher à nous améliorer : tout est un voyage, il n'y a pas de destination.
Soyez comme l'eau.
